« 30 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 246-247], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.749, page consultée le 06 mai 2026.
30 mars [1836], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, monsieur Toto, comment avez-vous passé la nuit ? Bien à ce que je suppose.
Moi, je me suis réveillée au moins vingt-cinq fois dans la nuit pour être bien sûre
de
ne pas dormir quand l’amant que j’attendais arriverait. J’en
ai été pour ma peine et pour mon sommeil perdu. Convenez avec moi, mon cher Toto,
que
les amants d’aujourd’hui sont de bien piètres amants. Je ne dis pas cela pour vous,
vous n’êtes pas mon amant et si, comme je le suppose, vous êtes l’amant de quelque
jolie femme, vous êtes trop exceptionnel en tout pour ne pas confirmer la règle
générale que les amants d’à-présent ne valent pas le diable.
Voici déjà bien
longtemps que je vous occupe de moi et mes déceptions, il est temps que je revienne
à
des sujets plus intéressants pour vous. Et à ce propos, je vous demanderai si vous
avez ouï parler du PROMPT COPISTE. C’est une découverte
merveilleuse et qui ne peut manquer de faire la fortune de son inventeur.
Je
vous signalerai encore la découverte de ZULEIMA, FAVORITE DU
SULTAN MAMOUTH qui n’a dû la conservation de sa couronne qu’à une DENT, dent mirifique et qui enfonce toutes les dents que nous autres pauvres
femmes de France croyons avoir pour ou contre nos Sultans aux turbans de feutre. Voici
venir un VÉGÉTAL qui détrônera l’ANIMAL. Pour ma part je vais faire l’acquisition d’une de ces dents mais je la
veux tailler en défense. En attendant mon triomphe, croyez-moi, monsieur Toto, votre
très fidèle esclave.
Juliette
« 30 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 248-249], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.749, page consultée le 06 mai 2026.
30 mars [1836], mercredi soir, 7 h. ¼
Pauvre Toto bien-aimé, tu étais triste et malheureux et je ne le savais pas.
Pardonne-moi mon ange de ne l’avoir pas deviné. Je m’en veux de n’avoir pas senti
que
tu souffrais. Je croyais que ton travail seul était la cause de ton manque de parole
cette nuit et dans la journée. Pauvre cher bien-aimé, je t’aime, je te le dis avec
le
mot, mais je te le dis encore bien plus avec le cœur.
Je t’aime, je t’adore, je
voudrais me mettre en toi et tous les maux qui affligent notre pauvre humanité,
dussé-je souffrir à moi toute seule la part de tous ceux qui te sont chers. Mon cher
bien-aimé, mon amour, ma joie, ne sois pas triste ne te fais pas de mal, ne t’inquiète
pas : il n’y a pas de danger pour ton cher petit Toto, je t’assure.
Je fais des
vœux bien ardents pour que le pauvre petit bien-aimé ne souffre plus, je les ferais
la
même chose quand bien même son mieux ne me donnerait pas la chance de te voir plus
tôt
ce soir. Car je vous aime, mes pauvres Toto, petits et grands, je vous aime avec les
entrailles quoique je vous aime avec le cœur. Je vous adore. Toi en particulier, mon
grand Toto, je t’adore.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
